Construire sa maison comme un meuble IKEA : l’avenir du préfabriqué?
Imaginez construire votre maison comme on monte un meuble IKEA. C’est le pari que fait l’entreprise ontarienne Simple Life Homes en proposant des maisons construites à l'aide de panneaux préfabriqués à assembler en quelques jours seulement. Debout sur un camion-remorque, le fondateur de Simple Life Homes déballe les énormes panneaux de bois qui, une fois assemblés, formeront l’enveloppe de la nouvelle maison de trois étages de Terra Page et Erin Kern, dans l’est de Toronto. En cet après-midi ensoleillé de mars, le fondateur de l’entreprise Maxwell Contracting and Development, Jake Williams, et son équipe installent les murs du deuxième étage de la maison. Les panneaux ont été fabriqués dans l’atelier de Simple Life Homes, à 150 km de là, dans la municipalité de Brighton. Les fenêtres sont encastrés dans les panneaux à l'atelier; même chose pour les clous. Les panneaux préfabriqués sont soulevés par une grue et assemblés sur place. Photo : Radio-Canada / Andréane Williams Une fois alignés, les panneaux, transportés dans les airs par une grue, se glissent les uns dans les autres comme des rails de tiroir. Avoir recours à des panneaux préfabriqués était la seule manière de construire la maison de la famille Page-Kern en raison du manque d’espace entre les maisons voisines, qui n’aurait pas permis l’installation d'échafaudages. Photo : Radio-Canada / Andréane Williams Construire l’enveloppe de la maison de la famille Page-Kern de manière conventionnelle aurait pris de trois à quatre mois, selon Jeremy Clarke. En comparaison, la préfabrication des panneaux n’a pris que cinq semaines, et leur installation, trois jours. Le secret derrière cette efficacité : la planification et des conditions de travail optimisées grâce à une chaîne d’assemblage à l'intérieur, en atelier. Terra Page et Erin Kern observent l'assemblage de leur maison avec leurs jumeaux. Photo : Radio-Canada / Andréane Williams Pour élaborer son concept, Jeremy Clarke s’est inspiré du modèle suédois. Dans ce pays scandinave, 90 % des maisons individuelles sont préfabriquées, selon Stefan Lindbäck, propriétaire de l’entreprise Lindbäcks, un leader mondial dans ce domaine. Les gens, là-bas, ont adopté ce modèle. Ils considèrent qu’avec le préfabriqué vient la qualité, et ils ont raison. Daniel Hall, l’architecte responsable de la conception de la maison de Terra Page et d'Erin Kern, va jusqu'à dire que cette méthode est le Convaincre les Canadiens d’opter pour le préfabriqué n’est toutefois pas gagné. L’Association canadienne des constructeurs d'habitations estime que les maisons préfabriquées ne représentent que 5 % des logements construits au Canada. Jeremy Clarke pense toutefois que la préfabrication en panneaux pourrait contribuer à remédier à la pénurie de logements, notamment dans les régions éloignées et difficiles d’accès. La préfabrication nous permettrait d’atteindre [ces communautés] plus rapidement, avec plus de maisons et moins de personnel. Jeremy Clarke est le fondateur de l'entreprise Simple Life Homes. Photo : Radio-Canada / Andréane Williams Pour le moment, Simple Life Homes ne fabrique qu’une maison par mois. Ses maisons sont construites de manière à limiter les pertes de chaleur et à optimiser la consommation énergétique. Elles sont également construites avec des matériaux non toxiques, comme la cellulose, un isolant fabriqué principalement à partir de papier recyclé. Pour réussir à construire du préfabriqué en gros, comme le fait la Suède, d’importants investissements dans l’automatisation des chaînes d’assemblage seront toutefois nécessaires. Automatiser l'atelier de Simple Life Homes pourrait coûter plus de 5 millions de dollars, un investissement que l'entreprise n'a pas les moyens de faire, indique Jeremy Clarke. Qui dit C’est comme de gros blocs Lego
, lance Jeremy Clarke.
Mes charpentiers sont époustouflés par l’efficacité de cette méthode! Ils n’ont plus à se soucier que du contrôle de la qualité au lieu d’être occupés par des tâches pénibles comme aller chercher le matériel et le rapporter sur le chantier
, s'enthousiasme Jake Williams.
Des maisons construites vite et au chaud
Le processus de fabrication doit être bien défini afin de ne pas perdre notre temps à trouver des solutions aux problèmes en plein travail. De plus, les matériaux et les outils dont nos employés ont besoin sont toujours à portée de main
, explique Jeremy Clarke.Il y a beaucoup d'avantages. Construire en usine permet de contrôler la qualité dans un environnement où il fait chaud. On économise aussi beaucoup de temps et de coûts liés au transport
, ajoute Cheryl Atkinson, architecte et professeure adjointe spécialisée en logements à l’Université métropolitaine de Toronto.
Changer les mentalités
futur de la construction
.Ici, en Amérique du Nord, quand les gens entendent parler de préfabrication, ils pensent aux maisons mobiles. [...] Il faut les convaincre et leur expliquer ce que nous faisons
, déplore Jeremy Clarke.
Le défi d'augmenter la production
Construire une usine et acheter de l’espace coûte très cher. Il faut donc être une grande entreprise qui produit beaucoup pour justifier ces coûts. C’est comme construire des voitures
, ajoute Cheryl Atkinson.chaîne de montage
dit également uniformisation de la production
. Un autre défi, selon Jeremy Clarke, sera donc de convaincre les Nord-Américains, très attachés au sur mesure, d’accepter des logements plus uniformes.Regardez comment nous fabriquons tout le reste : les voitures, les téléphones... La construction de logements n’a presque pas changé. C’est sûr qu’il y a une meilleure manière de faire les choses
, dit Jeremy Clarke.
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